Bal au château de Pierrefonds

Concert pour le bicentenaire de l'Impératrice

« Au pied des ruines s’étale un beau lac entouré d’un village ;
le point de vue est magnifique. Au centre du château avaient été dressées
nos tentes et nous y avons déjeuné. Il y avait beaucoup de monde ;
la musique de la Garde nationale était présente ; c’était un spectacle vraiment beau… »

La reine des Français se souvient du festin champêtre donné à Pierrefonds en 1832 pour le mariage de sa fille avec le roi des Belges. Napoléon III y fait une première excursion le 14 juillet 1850 ; la visite guidée par l’architecte Viollet-le-Duc devient par la suite une attraction régulière de ses villégiatures automnales dans l’Oise. Ces séjours réunissent la noblesse aristocratique et artistique, divertie par les troupes des théâtres de la capitale qui sont invitées à y donner leur répertoire ainsi que quelques concerts commandés.
Comment évoquer l’univers sonore des séries de Compiègne, prolongement des séjours de la cour dans les résidences royales sous la Monarchie de Juillet ? Écrite et mise en musique par la reine Hortense, la romance Partant pour la Syrie sert d’hymne au régime de son fils Napoléon III. La romance Plaisir d’amour de Martini est quant à elle un des premiers classiques du chant. Narcisse Girard, chef d’orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire déclare même à propos de son exécution le 18 mai 1856 au Château de Saint-Cloud que « le répertoire de notre Société est le musée du Louvre de l’art musical ». Elle est l’objet d’un arrangement avec chœur par Adam (le compositeur de Minuit chrétien et de Gisèle, entre deux ouvrages lyriques fameux) puis d’une instrumentation par Berlioz. On connaît de très nombreuses transcriptions et variations pour instruments solistes.

Le thème des vieux châteaux traverse le dix-neuvième siècle. Il puise son origine dans les romans de Walter Scott, avec la forteresse de comtes d’Avenel qui est au centre du livret de La Dame blanche de Scribe et Boïeldieu en 1825. Ce succès ne se démentira pas pendant cinquante ans et donne même lieu à des parodies, dont une sous la plume de Delibes (le compositeur du ballet Coppelia) et une signée Offenbach. Cependant, les ruines castrales ne sont pas toutes écossaises et lorsque l’opéra bouffe à ses débuts s’amuse d’un donjon délabré, c’est probablement celui de Pierrefonds qui est visé. Offenbach puis Hervé et Serpette produiront des couplets satiriques qui donnent un tour burlesque aux logis médiévaux ou moyenâgeux.

Le cadre de la chapelle de Pierrefonds nous invite à interpréter quelques pièces célébrant la piété mariale, qui connaît un essor remarquable au cours du XIXe siècle.

Il faut enfin célébrer la danse et la fête, avec l’humour de Ricci et l’entrain des chansons à boire. Quelques extraits choisis de La Grande-Duchesse de Gérolstein (dont le rôle-titre reste attaché au souvenir d’immenses artistes comme Régine Crespin et Felicity Lott), nous permet d’interpréter quelques motifs familiers des mélomanes et que l’on retrouvera dans les quadrilles. C’est aussi le moyen de rire en évoquant le patriotisme militaire, valeur cardinale du Second Empire au fil des campagnes d’Italie et de
Crimée.